Tim Burton

L'expressionisme au cinéma



Plusieurs courants artistiques ont été l'objet de grands auteurs et peintres célèbres. Parmi ces mouvements artistiques et littéraires, on retrouve l'expressionnisme ( période clef : 1919 - 1930 ), qui a rapidement influencé le cinéma. En effet, suite à la première guerre mondiale, l'Allemagne s'est trouvée à être à la fois révoltée et humiliée par la défaite. Le pays est déchiré et politiquement déçu. Les créateurs de l'expressionnisme ont traduit cette atmosphère de malaise et de révolte au cinéma à travers une esthétique violente et tourmentée. Considéré par plusieurs comme un art paroxystique, l'expressionnisme s'est rapidement caractérisé par des formes dures, agressives et caricaturales. Il s'agit là d'une antithèse du réalisme.

Alors que naissait la république de Weimar (1919), et qu'une inflation galopante retentissait, l'Allemagne ressent un besoin urgent de s'affirmer. En peinture, les allemands réagissent contre l'impressionnisme des français. Plutôt que de mettre sur toiles des scènes de la vie, douces et sereines, l'expressionnisme accentue ses formes et fait place aux craintes issues des terreurs romantiques. Au cinéma, peu de films font partie de ce courant, qui n'aurait pas eu autant d'importance sans l'ampleur qu'à pris LE CABINET DU DOCTEUR CALIGARI. Réalisé par Robert Wiene en 1919, ce film, quasi surréaliste, se présente comme un mélange fascinant d'étrange et de grotesque. Considéré comme le premier vrai film expressionniste, celui-ci ouvre définitivement la voie à cet art par ses perspectives aux lignes brisés, et son climat de cauchemar aux accents bizarres et terrifiants.

L'expressionnisme sera aussi marqué, à cette même époque, par le NOSFERATU de Murnau en 1922. Projeté pour la première fois à Berlin, ce film a été longuement critiqué pour avoir été une adaptation illégale du roman de Bram Stocker : Dracula. En effet, les fondements de l'histoire sont les mêmes ; seuls les noms et quelques personnages ont été changés. Néanmoins, le film est une adaptation intelligente et particulièrement fascinante de ce classique de la littérature. Sous une lecture psychanalytique, le film renvoie à Freud et aux trois niveaux de conscience puisqu'il incarne les pulsions, instinct et inconscience, pulsions de vie et de mort. Ainsi Nosferatu serait le ça, Ellen le moi et Hutter le surmoi. Parallèlement, NOSFERATU est une sorte de métaphore de la société Allemande des années vingt et de préfiguration de l'horreur nazi.

C'est cinq ans plus tard que survient la METROPOLIS de Fritz Lang en 1927, qui sera cette fois-ci une préfiguration de l'horreur moderne. Dans ce film où les travailleurs se révoltent contre la classe dirigeante, Lang, tout comme Chaplin, critique la société moderne. En quelque sorte, il se révolte contre le Taylorisme, selon lequel l'homme n'est que le prolongement de la machine.

Les traits caractéristiques particuliers à ce mouvement sont : l'utilisation de faux-décors en studio, maquillages et jeu des acteurs exagéré, une lumière très expressive, des angles de caméra étranges et des sujets sombres, lugubres. D'autres éléments permettent également de rattacher à ce courant quelques films allemands des années 20 : le traitement de l'image comme "gravure", avec une forte accentuation du contraste entre le noir et le blanc; des décors très graphiques, où prédominent les lignes obliques; le jeu "de biais" des acteurs; le thème de la révolte contre l'autorité. 1

Terminé lors de la prise du pouvoir politique par Hitler et par l'arrivé de la seconde guerre mondiale, son influence demeura considérable. En effet, l'expressionnisme connaît de nos jours des résurgences très vivaces et de nombreux réalisateurs tentent de recréer cet atmosphère étrange et fascinant. Parmi eux ont retrouve Lars Von Trier (Epidemic, 1988), Woody Allen (Ombres et Brouillard, 1991) et F.J. Ossang (Le Trésor des îles Chiennes, 1991). On peut également voir dans les Ailes du désir , de Wim Wenders (1987), un hommage à cette esthétique fondatrice du cinéma germanique et, plus directement encore, au Faust de F.W. Murnau. Tim Burton est le réalisateur actuel qui a le plus abordé ce thème, puisque toute sa filmographie est un hommage à cet art ( Vincent étant son hommage le plus direct ). Les artistes principaux sont : Robert Wiene, Friedrich Wilhelm Murnau, Fritz Lang, Edvard Munch, Tim Burton.

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